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Le général marquis d'Alorna...

Messagede Christophe » Sam 29 Décembre 2012 : 15:19

Bien choisis ces extraits, "Le Barde"... :salut:
Voici une notice consacrée au méconnu général d'Alorna qui mourut à l'issue de la campagne de Russie...
---------------------------
« Nommé par Junot, le 22 décembre 1807, inspecteur général des troupes portugaises stationnées dans les provinces de Tras los Montes, de Beira et d'Estramadure, puis, le 15 février 1808, inspecteur général de l'armée portugaise dans tout le royaume, commandant en chef la Légion portugaise, employé en 1810 à l’armée du Portugal, le marquis d'Alorna avait instamment demandé à faire la guerre dans le Nord. Il voulait, disait-il, — dans une lettre du 27 janvier 1812 — verser son sang pour l'Empereur, car l'Empereur étant le plus grand homme du monde, lui, marquis d'Alorna, voulait obtenir de l'Empereur au moins un regard d'approbation et la revanche des insultes que les Anglais avaient tâché de lui faire; il désirait, ajoutait-il, «prouver et à lui-même et à ses amis qu'il n'y avait pas encore de décrépitude ni dans son cœur ni dans sa tête.» Il fut nommé, le 21 mars 1812, général de division au service de France et, le jour même, Berthier lui ordonnait de se rendre à Mayence pour se mettre, le 10 avril, à la tête du 2ème escadron du régiment des chasseurs portugais qu'il conduirait, pour le 7 mai, à Francfort-sur-l’Oder. Durant la campagne, il commanda à Mohilew. Mais le 16 novembre, Berthier lui ordonnait de venir à Orcha arrêter les isolés; puis, le 18, de ramasser à Orcha autant de vivres et de munitions que possible; puis, le 20, d'évacuer Mohilew et de partir le 21, à 6 heures du matin, pour se diriger par le plus court chemin sur Borisov après s'être approvisionné de vivres pour vingt jours. Le marquis d'Alorna ne resta pas sur le sol russe; mais les misères de la retraite l'avaient épuisé. Et il mourut le 2 janvier 1813 à Königsberg. »

A. CHUQUET

(« 1812. La guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, pp.327-328).

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"L'anguille" Wilson

Messagede Yves Martin » Sam 29 Décembre 2012 : 17:05

Bonjour,

Il est en effet totalement inapproprié et historiquement inexact de qualifier Wilson d'espion...je ne vois pas quelle source Mr Dammame (ou tout autre) pourrait citer à l'appui de ceci !

Par contre le qualifier "d'aventurier" ou plus prosaïquement, et à l'instar de Wellington de "very slippery fellow" (littéralement un individu très glissant...une anguille) correspond plus.

Wilson est un personnage atypique...et tellement "so british", rempli d'ambition, et surtout de panache, avec plus qu'il ne faut de courage dans une telle tête brûlée.

Sa très grande qualité, c'est d'avoir été un des premiers, excellent, chroniqueurs de l'époque. Sa narration de la fin de la campagne d'Egypte est excellente, même s'il faut savoir en retirer les aspects par trop anglo-anglais. Idem pour Eylau/Friedland etc.

Fils d'un peintre, il détonne dans l'establishment militaire anglais, mais doué, il va se forger une carrière par son talent et son courage. On va le trouver partout où il a des chances de se distinguer, de préférence de manière non -conventionnelle car ses origines familiales lui barrent le chemin habituel emprunté par la noblesse anglaise, à laquelle, je le répète, il n'appartient pas !

C'est ainsi qu'il est avec les "hompesch rifles" corps germano-immigré en Egypte, à la tête de la légion lusitanienne dans la péninsule...et qu'on le retrouve se faisant nommé attaché militaire en Turquie, d'où il arrive à l'été 1812 en Russie ayant appris son invasion par la grande armée. Il s'improvise "officier de liaison" et, à la limite rend bien plus de services dans ce rôle que dans celui de diplomate...tant il ets vrai que la diplomatie et lui faisaient deux !

On le retrouvera en France en 1815, où quoique farouchement anti-bonapartiste, il est choqué par la terreur blanche et échafaude donc l'évasion de Lavalette - c'est un "liberal" anglais qui faisait sien les propos de Voltaire sur la liberté de penser et d'expression. Moins connu de ce côté-ci de la manche est sa participation mouvementée au cortège funéraire de la reine d'Angleterre, Caroline de Brunswick, grossière et nymphomane avérée, elle était depuis longtemps séparée du Prince Régent puis Roi. À sa mort, et alors que son cortège devait rejoindre la côte pour que le corps soit rapatrié en Brunswick, il fut décidé que celui-ci ne passerait pas à travers la ville de Londres. Wilson, avec d'autres amis radicaux décida de s'opposer à cette décision et de forcer le passage, incitant de fait l'escorte militaire à la rebéllion...cet acte lui valu d'être renvoyé de l'armée. Il fut réintégré 9 ans après et termina gouverneur de Gibraltar, ayant même réussi à devenir l'ami de Wellington qui ne l'avait guère en estime lors de leurs périodes actives au sein de l'armée !

Les anglophones liront avec délice la très bonne biographie de Michale Glover: " a very slippery fellow", the life of Sir Robert Wilson.

Enfin, il y eut de véritables espions anglais parmi les officiers de sa majesté - l'un d'eux est bien connu des amateurs d'uniformes, puisqu'il s'agit de Hamilton-Smith, auteur de la plus belle et plus exacte série de planches concernant l'armée anglaise en 1812-1815. En fait l'homme n'est absolument anglais...mais flamand et s'appelait Smet, né dans les pays-bas autrichien, il étudie en anglaetrre, puis de nouveau en flandres. On le retrouvera lui aussi dans le corps de Hompesch où il a probablement croisé Wilson. Artiste remarquable, il travaille aussi bien sur les prémices du "camouflage" en étudiant le meilleur uniforme possible pour les "rifles" que sur les sciences naturelles (sa vraie passion). Il fut envoyé comme "observateur" aux Etats-unis et au Canada en 1816...de fait en mission d'espionnage pour proposer une amélioration des défenses du Canada. Son sens artistique lui permettait de dessiner rapidement les troupes qu'il croisait...

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Messagede Bastet » Sam 29 Décembre 2012 : 17:56

:salut:
Ces malheureux soldats arrivés au bout de leur misère,de leurs souffrances, de leurs angoisses, ne sont pourtant pas, si cruellement, morts pour leur pays, seule cette situation horrible :cry: a fait d’eux des « héros » ….

On appelle aussi « héros » ceux qui ne sont au plus haut d’eux-mêmes que dans la guerre, ceux qui en ont la vocation, dans laquelle ils se reconnaissent et s’affirment comme « membres d’une des plus belles, mais aussi des plus dangereuses races morales qui soient dans l’humanité »…, Ney, Murat, Lannes,Lassalle, Davout…..et tant d’autres qui continuent de fasciner notre imaginaire.

La guerre semble bien être inhérente, en tant que comportement d’agression, à la nature humaine, s’enracinant dans l’ordre biologique elle serait fatalité, ou encore « nécessité anthropologique » commune à tous les hommes « Tu remarqueras que les philosophes sont d’accord avec ces croyances : Héraclite, sans détour, appelle la guerre père, roi et maître de toutes choses, et que lorsque Homère souhaite que « la discorde disparaisse du monde des dieux comme du monde des hommes », il ne voit pas qu’il maudit l’origine de tout ce qui existe, puisque tout naît du combat et de l’antagonisme « ( Plutarque, Isis et Osiris).
Le serpent qui se dépouille de sa vieille peau pour renaître au travers de la mue est un très beau symbole de la vie qui se dévore elle-même et qui renaît, par-delà le temps et la mort et la guerre. :tourne:

:salut: [bonne_annee_2013f]
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Messagede LeBarde » Sam 29 Décembre 2012 : 19:47

--Wilson fut affecté,en 1811 à un "service spécial",que l'on peut qualifier "d'espionnage";on peut ,(c'est selon) le qualifier d'espion,bien que critiquant ouvertement les méthodes de Koutousov.Quant à Lavalette nous savons trés bien qu'il eut échafaudé son évasion."Humain "Wilson ? Voyons voir!
-Celui-ci rapporte qu'autour des braises,reliefs sinistres de maisons incendiées,volontairement ou par accident,et dans lesquelles bléssés ou malades étaient morts brulés vifs,on voyait des groupes d'ndividus dont un grand nombre étaient occupés à gratter de leurs ongles la chair carbonisée de leurs compagons pour s'en faire un repas.C'est dans l'une de ces occasions que Wilson s'était approché d'un grenadier "d'allure fort martiale"-ce qui est suspect,car depuis longtemps déja,personne n'avait plus l'allure "martiale"-et l'avait interrogé:-"cette nourriture ne vous répugne-t-elle pas ?
-Oui,c'est vrai,mais je ne la mange pas pour preserver ma vie,car j'ai cherché en vain à la perdre,mais pour adoucir les tortures de l'agonie."
-Wilson a alors donné au grenadier "martial"un morceau de pain,dont l'homme s'était emparé voracement comme pour l'engloutir d'un seul coup de machoire.Presque"suffocant d'émotion",il s'était arrété,avait regardé et le pain et le donateur,des larmes étaient apparues sur ses joues,puis aprés avoir fait un ultime effort pour prendre la main généreuse,il était retombé.Mort.Bien que représentant l'Angleterre detestable de ce temps,Wilson n'en est pas moins humain et il respecte les combattants.
-Surprenante tout de méme,cette mort subite pour un "grenadier d'allure fort martiale" quelques instants auparavant.
-(Les Aigles en hiver.1812.)
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Lettre d'un soldat à sa mère...

Messagede Christophe » Dim 30 Décembre 2012 : 02:28

Nous approchons à grands pas de l'issue de la campagne de Russie.
Que de chemin parcouru depuis juin !

La lettre qui suit nous ramènera en arrière un court instant. Elle est extraite du recueil de celles interceptées par les Russes en 1812. Un livre publié par la Sabretache en 1913.
-------------------
Cette lettre a été rédigée par François Bondu, soldat à la 1ère compagnie du train du génie du 1er corps, attachée au parc du génie du 1er corps, à sa mère, à Morvan [Montevrault], Maine-et-Loire. L’auteur est né en 1782, à Saint-Pierre-Montlimard (Maine-et-Loire). Il entre en 1807 dans le train du génie. Bondu sera fait prisonnier le 22 novembre 1812.

Moscou, le 28 septembre 1812.

Ma chère mère, ma situation passée et celle actuelle ne m’a jamais permis de pouvoir vous donner de mes nouvelles. La première, j’étais attaqué d’une fluxion de poitrine qui m’a duré très longtemps, et l’autre fut un accident malheureux qui par blessure me ravit la santé. J’ai dans cette campagne été à la bataille du 7 de ce mois [celle de La Moskowa, le 7 septembre 1812], poursuivi de 5 cosaques qui la première fois me criblèrent de coups de lance et de balles, ne m’ont cependant donné que trois blessures, non dangereuses malgré le sang qui m’inondait. J’eus l’audace de les courir à grands coups de sabre et je réussis. La bravoure d’un soldat comme moi ne sert que le cœur d’un vrai français dévoué, comme pour la patrie doit valoir l’Empereur même.

Je finis en vous embrassant.

Votre fils,
François BONDU.
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Wilson...encore

Messagede Yves Martin » Dim 30 Décembre 2012 : 13:26

Bonjour,

Il est toujours bon, quand on est un véritable historien (et non un romancier...) de vérifier ses sources, et surtout de retourner à la ou les sources. De plus une source n'est valable que si elle est analysée, comprise, placée dans son contexte.

En l'espèce, je suppose que JC Dammame, cite la traduction de la "relation de la campagne de Russie 1812", traduction publiée en son temps par "La Vouivre".

Il s'agit en fait de la version française de "narrative of events during the invasion of Russia by Napoleon Bonaparte and retreat of the french army 1812", en français..."narration des événements durant l'invasion de la Russie par Napoléon Bonaparte et retraite de l'armée française, 1812". Ce texte fut publié en 1860 sous les auspices du révérend Herbert Randolph, du collège Balliol d'Oxford, neveu de Wilson et dépositaire de tous ses documents.

Ce texte fait partie des oeuvres historiques de Wilson. Celui-ci, bon écrivain et historien a donc publié de son vivant une histoire de l'expédition d'Egypte, et une histoire des campagnes de 1806-1807. Dans celles-ci, comme pour le "1812", s'il parle de lui, c'est effectivement à la 3e personne, procédé stylistique usuel "à l'imitation de César" pour indiquer la distance et la (supposée) neutralité que l'auteur met entre lui-même et les événements qu'il décrit. Wilson n'est ni le premier, ni le dernier à rédiger comme cela et c'est ignorer de façon assez étonnante les us et coutumes littéraires de la période 1792-1815, toute pétrie des classiques antiques que de faire un procès d'intention sur ce point.

Cette narration reprend, largement, les lettres et le journal que Wilson a tenu tout au long de sa vie. Son neveu en effectua aussi la publication et on peut donc, facilement retrouver les épisodes concernés...sauf qu'ils y sont montrés de manière plus crue, plus immédiate.

Dans la "narration...", l'épisode du grenadier se trouve aux pages 259 et 260 de l'édition anglaise de 1860. Dans le journal, l'anecdote est aux pages 215 et 216 et est plus courte:

"Je dois faire remarquer une anecdote à propos d'un grenadier français, vétéran. J'allais mettre un peu de biscuit dans ma propre bouche, quand je tournais mes yeux vers son regard. Celui-ci était bien trop expressif pour qu'on lui résiste; je lui donnais ce que je m'étais destiné. Les larmes coulèrent de ses yeux, il semblait bénir ce petit morceau, et, entre des sanglots de gratitude, il me dit qu'il espérait que jamais aucun Anglais n'aurait ainsi besoin d'un tel bienfaiteur. Il ne survécut ensuite que quelques moments."

L'aspect "martial" du grenadier a totalement disparu...et d'ailleurs les lignes précédentes décrivent avec force détails des scènes assez atroces. Si le semi-lyrisme et la bienséance dominent les passages de la "narration", rien de tel dans le "journal", même si celui-ci a visiblement été rédigé dans une intention de publication éventuelle future (il est très travaillé...et peut-être l'a-t-il été par le neveu).

Enfin, et au risque de me répéter, Wilson ne fut jamais "affecté" à l'état-major russe, mais se désigna lui-même. Il était grand admirateur et "ami" de la Russie, contrairement au gouvernement anglais qui n'envisageait l'alliance que comme un moyen de parvenir à la défaite de Napoléon.

Toutes les oeuvres de Wilson, dont le journal sont disponibles sur google books (en anglais) ainsi que le narration de son procès suite à l'évasion de Lavalette (en français). J'ai traduit le texte ci-dessus, mais recommande à tout amateur,un tant soit peu anglophone de se plonger dans ce journal qui comme tous les textes strictement contemporains est fascinant.

Enfin, quitte à me répéter (de nouveau), les sources, les sources..il faut TOUJOURS aller les vérifier, les croiser et surtout avoir l'oeil critique.

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Une lettre du soldat Philibert Poulachaud à sa femme…

Messagede Christophe » Dim 30 Décembre 2012 : 23:34

Une lettre emplie d'une certaine "sentimentalité"... Son auteur, était soldat au 21ème régiment de ligne. Elle est adressée à son épouse, demeurant à Corcelles, dans le département de Saône-et-Loire. Ce document est extrait du volume de la correspondance interceptée par les Russes durant la campagne de 1812 (et publié par la Sabretache en 1913).
--------------------

Moscou, le 27 septembre 1812.

Ma chère tendre épouse, je mets la plume à la main pour m’informer de l’état de votre santé ; tant qu’à moi je me porte assez bien. J’ai tardé si longtemps sans vous écrire, cela n’est pas de ma faute, bien au contraire, mais je vous dirai que me voilà sept mois que nous couchons au bivouac sans entrer dans des maisons. Nous avons beaucoup souffert, mais cela n’est pas encore fini. Nous sommes déjà éloignés de 800 lieues de la France, mais l’empereur de Russie ne veut pas faire la paix. Cependant partout où nous passons nous brûlons tous les pays ; en arrivant à Moscou, nous avons brûlé sa vieille capitale [ce qui est faux car on sait que c’est le perfide Rostopchine, gouverneur de cette ville, qui ordonna sa destruction]. Pour le nombre des hommes que nous avons perdus, je ne saurais pas te dire pour le moment ; d’abord il ne reste que 24 hommes de notre compagnie [3ème compagnie, 3ème division, 1er corps] de 140 hommes que nous étions. Notre empereur ne veut pas aller plus loin. Nous sommes dans les casernes pour quelques jours pour savoir comme cela va se passer.

T’embrassant du plus profond de mon cœur, etc.
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31 décembre 1812...

Messagede Christophe » Lun 31 Décembre 2012 : 02:06

« Marienbourg, 31 décembre 1812.

Je t’ai écrit, je ne sais pas d’où, mon cher André. Les gazettes t’ont plus dit que je n’aurais osé t’en dire ; tu auras pu apprécier que personnes de nous n’a été à la noce. Après le passage du Niémen, nous nous sommes rendus à Gumbinen ; de là à Koenigsberg où S. M. le roi de Naples se trouve. Je me suis rendu ici avec le matériel de la maison de S.M. l’Empereur et roi pour attendre le roi, qui, dit-on, se rendra à Dantzig. Je me repose un peu ici. Tu dois être rentré à Tours. Si tu as été inquiet sur mon silence, mes dernières lettres ont dû te tranquilliser. Je t’apprends avec peine que l’ami Roulet a été pris par les Cosaques aux portes de Vilna. Son convoi suivait le mien. J’ai forcé les voiles pour entrer. Il n’a pas été aussi heureux. C’était un bon garçon. Je le regrette bien sincèrement. Prisonnier avec vingt-six degrés de froid, il n y’a pas d’état plus affreux. Je te fais mon compliment de bonne année, et je te prie d’agréer mes vœux les plus sincères pour que toi, ta femme, ton fils et tout ce qui t’intéresse, soient heureux. Adieu. Tu te fâcheras que je t’en écris bien peu, mais une occasion pour Paris s’offre et je veux en profiter. Adieu.

Guillaume. »

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrite à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814.Publiées par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, 1894, pp.114-115).Rappelons que Guillaume Peyrusse assurait les fonctions de Payeur du Trésor la Couronne, durant cette campagne. Sa correspondance est un bon complément à ses « Mémoires » (parus en 2009 aux Editions Cléa, dans une version intégrale).
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Messagede la remonte » Lun 31 Décembre 2012 : 10:57

Merci Christophe de nous avoir fait partager tous ces témoignages pendant 6 mois :salut:
Au danger mon plaisir .
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Messagede LeBarde » Lun 31 Décembre 2012 : 11:43

-Petit retour en arriére: Aprés la Moskowa,le Général Morand écrit à sa femme,Emilie Parisow épousée à Varsovie le 10 janvier 1808.Atteint à la machoire par un coup de feu au cours de la bataille de la Moskowa,il a la délicatesse de cacher la gravité de sa blessure:
-"Je t'ai écrit tout l'aprés-midi,mon Emilie adorée,une trés longue lettre de six pages,mais voyant que je ne peux la finir pour l'envoyer aujourd'hui,je prends le parti de t'écrire en deux mots pour aujourd'hui;demain,j'achéverai ma grande lettre.Ma santé est excellente,ma petite(!) blessure,comme je te l'ai mandé,est entierement guérie;il me restera pendant quelques temps une petite cicatrice à cote du menton,la joue droite,qui disparaitra avec le temps...
-"Que le bon Dieu te protége(la femme de Morand attend un enfant,ce qui,en ce temps,n'allait pas sans grands risques pour les femmes) comme il m'a protégé dans les batailles.
-"Adieu;Emilie adorée,charme et bonheur unique de ma vie,je te presse mille fois sur mon coeur qui t'adore,avec nos enfants chéris.
-"Ton époux qui t'adore,ne vit et ne respire que pour toi."
-(je me joint à la "Remonte" pour en effet remercier notre ami "Christophe" pour tous ces témoignages ).Rendez-vous à l'année prochaine et [bonne_annee_2013f] à toutes et à tous.Vive LUI.Le "Barde".
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Remerciements réciproques...

Messagede Christophe » Lun 31 Décembre 2012 : 13:47

Je te remercie également cher "La Remonte" pour ta participation tout au long de ces mois. Je remercie également tous les autres intervenants, notamment "Lepic 34", "Saint-Clair", "Moundir Pacha" (Aam said, au passage... )"Le Barde", "Bastet" et le DS Yves :) (dont j'ai bien apprécié les éclaircissements concernant Wilson).


:salut:
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Messagede Bastet » Lun 31 Décembre 2012 : 15:56

Quant à moi, cher Christophe, je vous remercie d'avoir proposé, jour après jour, tant de pages riches et denses sur cette si poignante Retraite de Russie qui se déroula dans un affrontement quasi permanent entre les hommes et les éléments; presque chacune portait sa part de tension dramatique, certaines se hissant à la grandeur tragique quand l'homme se trouve confronté à l''inhumain :cry:

Mille mercis donc à vous. :croixhonneur:
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Ce n'est rien...

Messagede Christophe » Lun 31 Décembre 2012 : 21:09

... Je n'ai fait, chère "Bastet", que de répondre au souhait de "Fanacyr", lorsque celui-ci a "initié" cet intéressant sujet, le 21 mai dernier... Ce qui fait l'intérêt d'un sujet, c'est que de nombreuses personnes y participent. J'ai encore quelques messages complémentaires à "poster" mais le principal est dit.
J'ai apprécié les clichés de l'ami "La Remonte" qui nous ont permis de resituer les lieux de cette campagne mémorable.

Avec mes hommages. :fleur3:
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Messagede Moundir Pacha » Mar 1 Janvier 2013 : 19:08

Christophe a écrit:
Je te remercie également cher "La Remonte" pour ta participation tout au long de ces mois. Je remercie également tous les autres intervenants, notamment "Lepic 34", "Saint-Clair", "Moundir Pacha" (Aam said, au passage... )"Le Barde", "Bastet" et le DS Yves :) (dont j'ai bien apprécié les éclaircissements concernant Wilson).


:salut:


Choukran citoyen chroniqueur !!! :salut:
Qu'Allah vous apporte, à toi et aux tiens, bonheur, gloire et prospérité pour cette nouvelle année ! Qu'il guide également les aigles françaises vers la victoire lors de la prochaine campagne qui ne manquera pas d'avoir lieu cette année en Allemagne... :)

Salutations bonapartistes ! :salut:
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Contrastes…

Messagede Christophe » Mer 2 Janvier 2013 : 00:34

Au citoyen intervenant "Moundir Pacha": الله كبير ونحن صغير! :)
-----------------------
« Quels contrastes ! Moscou et Paris ! La retraite avec ses misères et ses épouvantes, cette retraite qui fait dire à un des acteurs : « Ah ! Certes nous avons le spectacle de grandes horreurs, pareille chose ne se reverra plus ! » et le retour dans la patrie qui semblait si loin ! Castellane, qui consacre une partie du 1er volume de son « Journal » à la campagne de Russie, ne peut cacher son étonnement. Quelle différence ! A Paris, il fait des visites, et trois mois auparavant, sur les bords du Niémen, sans souliers, un pied nu et l’autre enveloppé dans un morceau de couverture lié avec une corde ! Il croît rêver. De même, Hochberg [le margrave Guillaume de Bade]. Au sortir des neiges et du froid le plus intense et le plus cruel, le voilà dans les salons du palais de Weimar. Il était naguère au bivouac et souffrait les privations les plus grandes, et il est maintenant dans une cour élégante, « au milieu des jouissances les plus délicates de la vie ! ». De même le colonel Combe, tombant dans le salon paternel, et pressant ses parents sur son cœur, goûtant une de ces joies inoubliables « dont la douceur dédommage de toutes les peines antérieures » et « qui rendent heureux même de ce qu’on a souffert. » De même, le fameux général Lejeune, peintre militaire de grand talent. Il rentre chez lui, il dort dans son lit, il cherche à s’endormir, et la campagne lui revient confuse comme un long cauchemar, il croit entendre encore le bruit du canon et voir ce terrible Tchitchagov qu’il na pas jamais vu et dont le nom faisait plus de peur que de mal, il a des rêves qui « rappellent les tourments de l’appétit » ; mais le lendemain il reçoit les caresses de ses amis et il oublierait ses maux s’il ne devait les raconter. Tous ces revenants de Moscou sont, en effet entourés, pressés de questions. A Weimar, tout le monde se précipite sur Hochberg pour avoir des nouvelles de l’armée. A Paris, Mme Fusil entend dire autour d’elle : « Elle a passé la Bérézina », et Ney se voit regardé, admiré, suivi comme un héros. Autre contraste. Les récits de ces réchappés de l’immense théâtre jettent l’effroi dans Paris qui, chaque jour, apprend avec un pénible étonnement une perte, une calamité nouvelle. L’Empereur donne des fêtes aux Tuileries, mais on trouve qu’il insulte à la douleur publique. Des officiers valsent le bras en écharpe. « Ces bal sont lugubres, dit un jeune colonel, et je crois voir danser sur les tombeaux. »

Arthur CHUQUET

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